. Drame espagnol réalisé par Pedro Almodovar avec Penelope Cruz, lluis Homar, Jose Luis Gomez, Tamer Novas, Blanca Portillo...
. Scénario de Pedro Almodovar.
. Directeur de la photographie: Rodrigo Prieto.
. Compositeur: Alberto Iglesias.
. Durée: 2h09.
. Date de sortie: 20 mai 2009.
Une histoire d'amour fou, dominée par la fatalité, la jalousie et la trahison. Une histoire dont l'image la plus éloquente est la photo de Mateo et Lena, déchirée en mille morceaux.
*: Tout comme de grands vétérans du septième art tels que Clint Eastwood avec Gran Torino,
Manoel de Oliveira avec Singularités d'une jeune fille blonde, Alain Resnais avec Les herbes folles ou encore Woody Allen avec Whaetever works, le réalisateur espagnol Pedro Almodovar éprouve visiblement avec son dernier long-métrage dénommé Étreintes brisées le besoin de signer une oeuvre-somme, dans laquelle il essaie de condenser et de synthétiser le plus possible ses multiples préoccupations artistiques, thématiques, etc. Pour cela, il fait de nouveau appel à l'éblouissante Penelope Cruz, désormais indissociable de son univers, et un peu le symbole de sa production artistique, son égérie, et sa marque de fabrique. Oui, marque, le mot est juste, puisque Penelope Cruz n'est plus qu'un vague tampon ici, un timbre qui indique qu'on est bien dans un film de Pedro Almodovar le célèbre et talentueux réalisateur espagnol qui ne fait que des films talentueux et célèbres qui parlent de sexe de cinéma de femmes de famille d'amitié et de plein d'autre choses. Ici, Penelope Cruz n'est plus qu'un corps. Un corps finalement à moitié convaincant, tellement il est déjà connu que Penelope Cruz est belle et lascive et attirante, et puis qu'Almodovar ne sublime même pas tellement tout compte fait. Elle équivaut donc à un corps - un corps qu'on embrasse, qu'on étreint, qu'on aime ou qu'on affecte d'aimer, qu'on enlace, qu'on caresse, qu'on saupoudre de baisers comme du sucre en poudre sur un gâteau au chocolat. Très loin de son épatante partition dans Vicky Cristina Barcelona, Penelope Cruz, en plus de n'être qu'un corps dans le nouveau Almodovar, est un corps le plus souvent inanimé, figé. Ce n'est qu'une photo, une image fixe. D'ailleurs la plupart du temps c'est cette fonction qui lui est attribuée: celle d'une poupée mignonne qu'on costume, qu'on filme, qu'on photographie, qu'on glace, qu'on fige, qu'on arrête. Le nouveau film d'Almodovar ou l'image fixe sur une Penelope Cruz décorative. Car quand, dans ce film-ci (il ne s'agit que de ce film-ci) lorsque Cruz/ Lena s'exprime et tente de s'affirmer, de dire qu'elle est là, qu'elle s'appelle Lena, qu'elle veut ci et qu'elle veut ça, qu'elle veut coucher avec l'aveugle et pas avec le boudin et qu'elle est une femme libre et ce qu'elle aime c'est le cinéma et mettre des perruques blondes et être éclairée par une lumière aveuglante et blafarde, les mots sortent mollement de ses lèvres qui ne semblent ici n'être là que pour embrasser.
Et puis, à part cette impression de nature morte ornementative qu'exhale la présence de Penelope Cruz (c'est bien de présence dont il faut parler ici et non de jeu), la coqueluche du cinéma espagnol indépendant fait preuve d'un recyclage navrant. Certes, c'est le propre des auteurs ayant déjà derrière eux une oeuvre importante ou qui ont l'ambition (comme Resnais, Oliveira, Eastwood, Allen) de réaliser une oeuvre-somme et presque testamentaire, mais, à la différence des auteurs cités, Almodovar semble avoir la fâcheuse tendance de vouloir obstinément ne pas renouveler son cinéma, et de ne pas inventer de nouvelles choses. Comment comprendre les Étreintes Brisées alors? Comme un résumé de toutes ses précédentes oeuvres?
Oui, certes, on retrouve les préoccupations thématiques centrales inhérentes à l'oeuvre d'Almodovar. Le rôle de la femme (dans notre interprétation celui d'une nature morte ornementative, mais il y a sûrement d'autres interprétations), le sexe (grotesque début avec le scénario de l'histoire du vampire et du sexe), la tolérance (tout aussi grotesque présentation d'une relation homosexuelle), le cinéma (une scène où quelques films, probablement les films cultes d'Almodovar, sont cités: un peu téléphoné).
Certes, nous ne pouvons pas nous déclarer insensibles à cette incontestable poésie qui émane du film: cette photo qui se déchire en mille morceaux, certes, c'est beau et aussi ce plan, quant à lui absolument sublime, où Almodovar filme Mateo et Lena en train faire l'amour, enveloppés dans des draps d'une blancheur immaculée. Mais cette poésie, elle aussi, paraît trop téléphonée, trop préméditée, trop bien calculée. Almodovar semble avoir été mû, à bien y penser, par l'envie de réaliser un "film poétique joli magnifique sublime".
Finalement Étreintes brisées, malgré des qualités évidentes (superbe photo de Rodrigo Prieto, photographe de No country for old men, thèmes musicaux de Iglesias inévitablement conculants, quelques scènes fortes, belle sobriété de Lluis Homar), ressemble trop à ce que nous appelerons un "produit d'auteur formaté".




